Le Pape au Chemin Neuf : la politique est l’art de la rencontre fraternelle

Vatican News lundi 16 mai 2022

Le Pape a reçu environ 80 membres de la Fraternité politique de la Communauté du Chemin Neuf en salle Clémentine du Palais apostolique, lundi 16 mai. Devant ces jeunes de 18 à 35 ans, l’évêque de Rome a développé un programme de politique au sens chrétien du terme, organisé autour du triptyque suivant: rencontre, réflexion, action.

Quelle est la signification de la politique pour les chrétiens? Le Souverain pontife a nourri sa réflexion autour de trois axes: la politique comme rencontre, réflexion et action.

D’abord, la politique ou l’art de la rencontre: «Cette rencontre se vit par l’accueil de l’autre en acceptant sa différence, dans un dialogue respectueux», a relevé l’évêque de Rome.

«Aimer ses ennemis politiques»

Comme chrétien, cependant, il y a davantage. Puisque l’Évangile commande «d’aimer nos ennemis», l’on ne peut se contenter «d’un dialogue superficiel et formel, comme ces négociations souvent hostiles entre partis politiques», a remarqué le Pape. La rencontre politique doit être une rencontre fraternelle, surtout avec ceux qui sont le moins d’accord avec nous, «ce qui signifie voir en celui avec qui nous dialoguons un véritable frère, et un fils bien-aimé de Dieu». Cet art de la rencontre commence par un changement de regard sur l’autre, par un accueil et un respect «inconditionnel» de sa personne.

Si ce changement du cœur n’a pas lieu, la politique risque de se transformer en une confrontation souvent violente pour faire triompher ses idées, en une recherche des intérêts particuliers plutôt que du bien commun: contre le principe que «l’unité prévaut sur le conflit»(cf. Evangelii gaudium, 226-230), a prévenu le Successeur de Pierre.

«Le tout est supérieur à la partie»

Du point de vue chrétien, la politique est aussi réflexion, c’est-à-dire la formulation d’un projet commun. Au XVIIIe siècle, l’homme politique et philosophe irlandais Edmund Burke expliquait ainsi aux électeurs de la ville de Bristol qu’il ne pourrait pas se contenter de défendre leurs intérêts particuliers, mais qu’il était plutôt envoyé en leur nom pour élaborer avec les autres membres du Parlement une vision pour le bien du pays tout entier, pour le bien commun.

«Comme chrétien, nous comprenons donc que la politique, après la rencontre, se poursuit par une réflexion en commun, à la recherche de ce bien général, et non simplement par la confrontation des intérêts contradictoires et souvent opposés», a pointé le Saint-Père. En somme, «le tout est supérieur à la partie», et sa boussole est l’Évangile. 

La réalité, plus importante que l’idée

Dernier point mais non des moindres, la politique est aussi l’action. Le Pape a souligné là l’importance, comme chrétiens, de confronter ses idées «avec l’épaisseur du réel», «si nous ne voulons pas construire sur un sable mouvant qui finit toujours par se dérober un jour». N’oublions pas que «la réalité est plus importante que l’idée», a-t-il affirmé, saluant l’engagement de ces jeunes en faveur des migrants et de l’écologie, et félicitant certains d’entre eux pour avoir choisi de vivre ensemble au cœur d’un quartier populaire de Paris pour vivre à l’écoute des pauvres.

«Voilà une manière chrétienne de faire de la politique!», s’est exclamé le Pape, citant ensuite Pie XI, qui considérait la politique comme «la forme la plus haute de la charité».