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Le dialogue inter-religieux

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Témoignage d'Ezéchiel HEBIE, responsable de la Communauté du Chemin Neuf au Burkina Faso

La question du dialogue inter-religieux est une question vitale pour la cohésion sociale et la paix durable au Burkina Faso. En effet, le pays fait face depuis 2015 a une résurgence de violences intercommunautaires, d’actes d’extrémisme violent et de radicalisme religieux. En effet, la spirale de violences djihadistes a fait depuis 2015 plus de 1 500 morts et plus d'un million et demi de personnes déplacées, fuyant les zones de violences sans compter les blessés et les familles qui sont marqués à jamais et qui ont tout perdu, en plus de la fermeture des écoles et centres de santé et des services publics administratifs et sécuritaires dans une grande partie des régions frontalières au Mali et au Niger. Beaucoup d’acteurs en premier lieu le Gouvernement et les Forces de défense et de sécurité ainsi qu’une diversité d’acteurs non étatiques (associations, ONG, personnalités et leaders de la société civile, etc.) œuvrent depuis pour promouvoir et préserver la paix et la cohésion sociale dans le pays.

C’est dans cette dynamique que la Communauté du Chemin Neuf (CCN) au Burkina Faso a noué des alliances avec des ONG œuvrant dans l’humanitaire et le développement notamment Solidar Suisse et Intermon Oxfam pour contribuer aux efforts de promotion de la paix et de la cohésion sociale. La CCN a ainsi mis en pratique son charisme pour l’unité au service des communautés chrétiennes, musulmanes et traditionnelles dans une région très affectée par l’insécurité civile et l’extrémisme violent, la région du Sahel au Burkina Faso. La CCN a ainsi pendant deux ans et demi, de 2019 à 2021 créé des espaces de partage et de dialogue avec les outils de la Fraternité Œcuménique Internationale (FOI) notamment les points Net For God qui ont servi à organiser des rencontres de formation et de dialogue inter-religieux et intercommunautaires (RFDI). Dans ce cadre, plusieurs rencontres RFDI ont été tenues avec les différentes confessions religieuses (catholique, protestante, musulmane) et les autorités coutumières traditionnelles et les autorités administratives ainsi que dans le milieu scolaire. Par exemple, du 6 au 7 novembre 2019 s’est tenu, à Dori, un atelier d’information, de formation et de mobilisation pour le dialogue inter-religieux et intercommunautaire. Cela a été possible grâce à notre projet « Dialogue inter-religieux, chemin de paix et de fraternité » de la CCN mis en œuvre dans la commune de Dori, de 2019 à 2021 avec l’appui de Solidar Suisse et de l’Union fraternelle des Croyants (UFC). Cette action s’est avérée être une pertinente réponse à cet impératif de veiller à la promotion de la paix et de la cohésion sociale par la reconstitution et la consolidation du tissu social durement éprouvé. Le corps des enseignants dont une vingtaine, de 10 lycées et collèges, a été formé sur le dialogue inter religieux en collaboration avec la Direction Provinciale des Enseignements Post-primaire et Secondaire (DPEPS) du Séno à Dori. 

Ces formations ont été assurées par une équipe pluridisciplinaire et multiconfessionnelle. Les membres de la CCN ont aussi bénéficié de formations sur le dialogue inter-religieux avec le Père Clochard et d’autres imans musulmans. 

Enfin avec l’ONG Intermon Oxfam, un atelier national a été organisé en décembre 2020 à Ouagadougou pour diffuser et mieux faire connaitre le Document sur la Fraternité humaine signé le 4 février 2019 à Abou Dabi, aux Emirats Arabes-Unis, par le Pape François et par le Cheick d’Al-Azhar, le grand Iman Ahmad Al-Tayyeb. Cet atelier a regroupé des journalistes de médias burkinabés et des représentants d’institutions comme l’Assemblée nationale, le Ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité. Monseigneur Joachim Ouédraogo, Président de la Commission pour le dialogue islamo-chrétien de la Conférence épiscopale Burkina-Niger qui a présidé l’ouverture de cet atelier a souligné qu’il vient à point nommé dans un monde miné par les divisions, les conflits, les situations de non paix et de non reconnaissance de la dignité humaine tout en  réaffirmant la volonté des responsables religieux de «travailler et faire en sorte que les idéaux de paix, de justice et de fraternité contenus dans ce document, soient connus et acceptés par le plus grand nombre» au Burkina Faso. La CCN vient de bénéficier encore de la confiance de l’ONG OXFAM qui lui a accordé un petit financement pour poursuivre ses actions de promotion du dialogue inter-religieux et de la consolidation de la paix au Burkina Faso, en partenariat avec le Réseau des Femmes de Foi pour la Paix au Burkina Faso (REFFOP-BF).

Je reste persuadé que ce qui a été semé au travers de ces petites actions de promotion du dialogue inter-religieux et du mieux vivre ensemble ne va pas rester sans éclore. Elle est déjà source de fécondité de germes de paix durable. L’iman Moussa Diallo, Censeur du Lycée Provincial de Dori, animateur de RFDI affirmait dans le document de capitalisation élaboré par la CCN que « les RFDI sont des occasions qui permettent aux enfants de s’ouvrir, de mieux comprendre, d’accepter l’autre. A la fin beaucoup se sont engagés à promouvoir le vivre-ensemble, la cohésion sociale. C’est vraiment une très bonne chose et on doit vulgariser ce genre de pratique a toutes les échelles au niveau de nos établissements ; afin de permettre à notre jeunesse de grandir dans l’amour et l’acceptation de l’autre pour que la société puisse mieux se porter ».  C’est encore pour moi l’occasion de remercier toute l’équipe de la CCN ainsi que nos partenaires qui ont permis la mise en œuvre de toutes ces actions dans ce long chemin pour un retour à une paix durable et à une véritable cohésion sociale au Burkina Faso. Suite à une rencontre FRDI, une élève Diallo Camilla de la classe de 4ème du Lycée Dr Salifou DIALLO témoignait que  « ce qui m’a marquée, c’est la voiture du Pasteur qui est tombée en panne et l’Iman et sa famille sont venus l’aider. Après le film, ce qui m’a plu, on a travaillé ensemble et chacun a donné ce qu’il avait compris. Après cela, ce qui m’a plu c’est que chacun doit accepter la religion de l’autre. J’ai compris qu’on ne doit pas négliger la religion de l’autre et si la personne a des difficultés on doit l’aider. Ça m’a permis de comprendre les autres qui critiquent la religion musulmane et moi aussi j’ai compris leur religion aussi. Actuellement, à l’école, on fait des débats par rapport à ça et on sent que les gens ont vraiment commencé à comprendre. Ce que j’ai à dire, c’est de ne pas négliger la religion des autres, essayer de comprendre l’autre, ce qu’il est, ce qu’il fait, avant de d’émettre une opinion ».

Pour terminer, le dialogue inter-religieux dans un contexte national aussi fragile que celui du Burkina Faso, est un effort partagé et inclusif de longue durée. La CCN au Burkina Faso compte poursuivre sa petite contribution au dialogue inter-religieux qui reste un des moyens privilégiés pour un retour à la paix durable et pour prévenir l’extrémisme violent et la radicalisation.