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2011 04 Mathilde à Ku Jéricho


2011 04 Mathilde à Ku Jéricho

JET'News n°3 de Mathilde à Ku Jéricho au Tchad

Chers parrains,

Joyeuse Pâques ! Les cloches ne sont pas arrivées jusqu'au Tchad où leur cargaison aura fondu en route ... !! 

 

 

La fête de Pâques

 

Nous avons assisté à la veillée de Pâques au grand air dans une paroisse tchadienne, parmi une assemblée de 1500 personnes. Elle a duré 4 heures durant laquelle ont été célébré 68 baptêmes et 2 mariages. Le lendemain matin, nous sommes allés dans un monastère habité par des soeurs Congolaises, en plus petit comité : elles ont joué de leurs instruments (tam-tam, maracasses, plaquette de graines, bambou fendu). En fin de messe, les youyous congolais, ivoiriens et tchadiens ont résonné avec les tam-tam battus dans la petite chapelle où nous nous sommes mis à danser en pagaille... Wow ! Christ est vraiment ressuscité !

Nous nous sommes fait un petit festin, tout le monde avait mis la main à la pâte : en entrée, il y avait une terrine de poisson, puis nous avons eu des frites (faute de ketchup, nous avions une sauce africaine à base d'oignons et de moutarde) avec de la chèvre : nous l'avions tuée la veille et fait mariner toute la nuit dans une sauce à l'ail et au gingembre, puis elle a été cuite dimanche matin dans un four traditionnel en briques, improvisé le matin même. Au dessert, nous avons eu des gâteaux et du yaourt. Nous étions censés avoir de la glace au chocolat (faite avec du lait en poudre et du chocolat en poudre, le tout bouilli) mais le congélateur n'étant plus efficace, nous avons eu ... de la crème au chocolat ! En boisson, nous avions des boissons gazeuses et de la bière ainsi que du jus de mangue à la menthe et du jus d'oseil que nous avions préparé !

 

 

L'alphabétisation auprès des enfants de Ku Jéricho

 

Voici des nouvelles de nos missions :

Le groupe des grands à l'alphabétisation

A l'alphabétisation, nous avons demandé à Martine, qui est au postulat de la Communauté du Chemin Neuf et qui vit avec nous (c'est une tchadienne qui parle bien N'Gambaye) de venir remonter les bretelles de nos élèves en utilisant sa grosse voix autoritaire que nous n'avons pas. Les enfants n'étaient plus disciplinés et ont cessé de nous demander à manger ou des habits, ce qui rend les cours plus agréables.

Un jour où les enfants étaient trop excités pour suivre le cours, j'ai demandé à un élève de compter toutes les têtes de la salle puis à un autre de compter tous les bras puis tous les doigts. Celui qui comptait prenait un air très sérieux et les enfants s'avançaient cérémonieusement en tendant leurs bras ou leurs mains pour qu'il les touche et les compte et ils sont ensuite allés rameuter les paresseux qui trainaient à la porte : ils avaient transformé cet exercice en un recensement appliqué, leur sérieux était drôle à voir !

Nous avons moins d'enfants qui viennent, ce qui nous permet d'utiliser du matériel. Nous avons donc distribué une feuille et un crayon à chaque enfant du groupe des grands, nous leur avons fait faire des boucles, des zigzags, des traits verticaux et horizontaux et à la fin, nous leur avons demandé de dessiner leur maison. Ils étaient ahurris et nous demandaient d'en dessiner une au tableau pour qu'ils puissent la recopier. Face au refus, ils se sont regardés, certains se sont lancés sous le regard intéressé des autres. Pour la moitié c'était la première fois qu'ils dessinaient. Ensuite, nous leur avons demandé de se dessiner. Éclats de rire : "Non ! ça, on ne peut pas ! Montrez-nous comment faire !". Niet. Alors, ils s'y sont mis, certains ont fait des dessins que l'on retrouve en maternelle, soit un rond et deux bâtons pour les mains au bout desquels se trouvent 3 traits en éventails pour faire les doigts, et deux longs bâtons pour les jambes. Leur premier bonhomme (à 10 ans) ! Il y avait alors un grand silence dans la salle et les lances-pierres et les bâtons n'étaient plus dans les mains mais au sol. Les enfants s'appliquaient, s'intéressaient aux bonhommes des autres, venaient nous montrer leurs oeuvres craintifs et craignant une moquerie de notre part. Face à nos sourires encourageants, ils étaient fiers de leurs productions et ils demandaient ce qu'il fallait dessiner ensuite, friands de l'exercice !

 Chant gestué avec le groupe des grands

 

Les cours de soutien scolaire en 6ème

 

La salle de classe des 6ème

Nous avons découvert que nos élèves (ce ne sont que des filles) avaient de grosses lacunes en rédaction à cause de problème de syntaxe. J'ai donc arrêté les exercices de grammaire et de conjugaison. Je leur lis une histoire, "Blanche Neige et les 7 nains", j'explique les mots qu'elles n'ont pas compris (carrelage, écureuil, diamant, nain, donjon, grincheux) et à chaque chapitre, je m'arrête et je leur fais rédiger un résumé. Les élèves ont entre 11 et 15 ans. Il a fallu expliquer qu'à l'époque, les femmes étaient belles si elles avaient la peau très très blanche, certaines se mettant de la poudre pour en accentuer la blancheur et n'allant jamais au soleil. Et qu'aujourd'hui, les femmes préféraient être bronzées avec un teint plus mat en s'exposant au soleil longtemps. Elles étaient étonnées, et intéressées, découvrant un nouveau point de coquetterie : le teint de la peau.

"Et toi Mathilde, t'es de quelle couleur alors ?". Je leur ai montré le dessus de mes bras bronzés et le dessous plus pâle. Elles ont bien examiné mes bras sans comprendre la nuance et ont décrété : "Quand on est blanche, on est blanche, c'est tout !".

La cloche du collège

En ce moment, elles sont en vacances puis reviennent pour deux semaines de cours et sont ensuite en grandes vacances ! Les périodes de vacances sont propres à chaque établissement. Celui-ci étant catholique, elles ont des vacances pour la semaine Sainte et Pâques, ce n'est pas le cas des autres établissements. Par ailleurs, les dates des vacances sont fixées uniquement une semaine à l'avance ! 

Pendant les grandes vacances, nous ne ferons plus de soutien aux 6èmes, nous aiderons alors les terminales dans leurs révisions de bac qui a lieu dans un mois. Nous irons moins souvent à Moundou et aurons moins de vélo à faire. 

 

Transport et vélo ...

 

Lorsqu'il n'y a pas d'occasion de transport pour la maison, nous avons une heure de vélo à l'aller et autant au retour, dont la moitié est sur de la piste sableuse.

C'est fatigant surtout quand il fait chaud et humide... Mais aussi, car il faut se concentrer et anticiper les mouvement des véhicules environnants : ils conduisent n'importe comment ! Il n'y a pas de priorités aux carrefours, pas de panneaux "stop" ni de feux de circulation dans Moundou. Pour les rond points, celui qui s'engage a la priorité. Les clandos (taxi moto) se faufilent partout. Béné s'est faite renversée par une moto, elle s'en est sortie avec heureusement qu'une entorse.

Une rue à double sens dans Moundou ... Observez le trafic!

 

Par ailleurs, étant blanche et à vélo -non pas dans des 4x4- les gens nous hèlent, nous encouragent, se moquent de nous, les enfants nous saluent gaiement et les bandes d'ados, pour se faire remarquer, cherchent à nous agacer.

Dernièrement, je suis rentrée dans un cycliste, il s'appelait Franco et avait une quarantaine d'années. C'était de ma faute, je lui ai cassé ses freins et quelques rayons de sa roue avant. Immédiatement, les gens autour se sont excités. On était proche de la maison, je l'ai ramené, je lui ai fait son pansement et il m'a aidé à faire le mien. Je n'avais que quelques égratignures mais il était impressionné par le contour violacé des plaies, pourtant moins importantes que les siennes, sur ma peau blanche. Lui a eu un ongle fendu et des plaies sur la main. Puis, nous sommes repartis ensemble à vélo vers Moundou. Il n'a pas cherché à profiter de la situation pour nous soutirer de l'argent ni demander un piston. Nous avons discuté sur le chemin. Il n'a pas étalé son beau français ni enjolivé sa situation avec des airs dramatiques, c'était enfin une vraie rencontre ! Cela m'a réconciliée avec la circulation tchadienne et avec les tchadiens. Puis, nous nous sommes quittés avec une poignée de mains faites de bandage et de bétadine !  

 

 

La situation du pays


Le Tchad fait partie des 5 pays les plus corrompus au monde. Les ONG, même laïques, se référent à l'Église tchadienne pour gérer les projets de développement qu'elles financent et non plus à l'État.

Il y a eu, le mois dernier, une augmentation des salaires de 110% en vue des élections présidentielles. Elles devaient avoir lieu dimanche de Pâques, les évêques ont obtenu qu'on les reporte au lundi de Pâques.

 

 

Travail au centre d'accueil, à Ku Jéricho

 

Martine nous a appris des chants en N'Gambaye et nous attendons de pouvoir apprendre à les jouer sur le tam-tam. Et Delphine m'a montré comment pédaler sur la machine à coudre. Prochaine étape : réussir à coudre droit et à faire mon boubou ! 

 

Actuellement, notre tâche au centre est la peinture, Béné repeint les portes-clefs et moi les douches.

Nous sommes dans les prémices de la période chaude et humide : il m'arrive de prendre jusqu'à 5 douches par jours, et j'ai commencé à dormir dehors en sortant mon lit. Jusqu'à présent, nous avons eu des températures élevées (42°C) mais nous n'en souffrions pas trop, mais maintenant qu'il pleut un peu, il y a de l'humidité qui nous fait suer en permanence ! La saison des pluies commence début mai, les paysages, paraît-il, changeront complètement.

 

La sieste est sacrée au Tchad ... surtout pendant la saison chaude !

 

La journée de la femme

 

Le 8 mars, la journée de la femme a été fêtée. Les femmes se sont réunies, soit entre collègues soit entre paroissiennes, arborant toutes le même pagne, qu'elles avaient fait faire pour l'occasion, et ont défilé avec des tambours dans la ville en criant les youyous ! Puis dans l'après-midi, il y avait des spectacles et des conférences aux 4 coins de la ville. Malheureusement, ce sont surtout les citadines qui en profitent, les femmes des villages qui sont les moins émancipées n'y participent pas.

Beaucoup nous hèlent en criant "Nassara". On nous en a expliqué l'origine : les premiers Blancs qui sont venus au Tchad étaient des missionnaires qui parlaient d'un certain Jésus de Nazareth d'où l'apostrophe "Nassara" qu'utilisent les tchadiens pour les Blancs.

 

Je vous embrasse et prie pour vous,

Mathilde

déposé le 02 mai 2011


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