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2011 06 Marthe à Kinshasa


2011 06 Marthe à Kinshasa

JET'News n°6 de Marthe à Kinshasa en République Démocratique du Congo

« Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisit. Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que a choisit pour confondre les sages. »
1 Corinthiens 1, 27-29

 

Très chers,

Voici la suite des aventures de la petite apprentie Kinoise. Fermez les yeux pour oublier votre monde, je vous emmène loin loin loin loin !

 



COTE BOULOT

 

Le travail de suivi éducatif au sein du centre se poursuit et donne lieu à des échanges avec les éducateurs qui aident à mieux cerner les situations problématiques.

En même temps, j’aime continuer à aller avec l’un ou l’autre éducateur visiter les enfants réunifiés pour mieux me rendre compte de leurs conditions de vie et des ressources locales. Par exemple, il y a le jeune Hénock qui a 10 ans et passe au collège. Il habite avec sa maman et ses petits frères et sœurs une maisonnette en tôles au bord d’un ravin creusé par l’érosion. Leur « cabane » n’est pas facile d’accès et la mère a une grande plaie infectée à la jambe. Si bien qu’elle ne peut pas travailler. Et le père a abandonné la famille depuis longtemps. Et le reste de la famille est loin et négligeant. La famille survit donc à la grâce des voisins et bonnes volontés qui procurent le minimum pour manger quelque chose. Tout ce qu’on peut faire, c’est attendre qu’elle guérisse pour développer une activité génératrice de revenu et enfin devenir autonome voire prospère. C’est le genre de situations difficilement acceptables mais que beaucoup de familles subissent dans les bidonvilles de Kinshasa. 

Dans la rubrique « difficultés au travail », il y a aussi le placement d’un jeune en centre d’hébergement. Quand je rencontre le responsable, on étudie les conditions et il déclare qu’il peut accueillir les deux enfants dont les démarches vers leur réunification n’aboutissent pas. Déjà, il faut un certain temps et de la persévérance pour réunir les papiers officiels nécessaires au placement. Ensuite, le responsable dit que c’est bon au point de vue administratif mais ne répond pas quand je demande quand on lui confie les enfants. Après une semaine, j’apprends qu’ils ont des difficultés financières. Commencent alors des négociations entre les deux structures, et le temps passe tandis que les enfants dorment dans la rue et y risquent leur vie…Mais aujourd’hui bonne nouvelle, les négociations sont finies! Espérons que l’adaptation sera réussie.

A part cela, j’ai donc passé quatre jours dans un centre semi-ouvert, accueillant des filles de la rue, qui a une longue expérience en la matière. Leurs propositions d’activités et de formations sont très intéressantes au niveau de la réinsertion socio-professionnelle et du développement des capacités des jeunes pour leur redonner confiance en elles. En même temps que mes compétences d’éducatrice ont été sollicitées, j’ai pu échanger avec l’équipe sur ce qu’elle sait du monde de la rue des filles.

J’ai aussi beaucoup parlé avec plusieurs filles maintenant que je me débrouille en lingala. Ce qui me frappe, c’est la violence dont elles sont capables entre elles, signe de ce qu’elles doivent subir dans la rue. Elles peuvent avoir plus de dix partenaires en une nuit, et sans protections vu que le tarif est plus cher avec préservatif. Le problème, c’est qu’en dehors de la rue, elles ne voient pas vraiment d’autres perspectives. Et là, c’est tout un chemin à faire avec chacune! Avec l’équipe du Chemin Neuf, on a commencé à réfléchir à un projet spécifique pour accompagner les filles de la rue. J’ai construit cela sur papier, reste à en discuter et se remonter les manches !

 

 

COTE QUOTIDIEN

 

Le grand changement de la fin mai, c’est l’arrivée de la saison sèche. Elle porte bien son nom figurez-vous ! C’est parti pour trois mois sans une goutte de pluie, avec un ciel nuageux qui me rappelle les cieux normands, et ça j’aime ! Du coup les températures baissent, les gens sortent les pulls, bonnets, chaussettes en laine et manteaux d’hiver tandis que je déambule tranquille en manches courtes ! Avec ce froid, les angines font fureurs et par solidarité, j’ai eu une angine aussi. ;)

Sans pluie, la poussière vole drôlement bien et le ménage serait à faire tous les jours. Ce qu’on redoute à présent, c’est une épidémie de choléra qui descend le fleuve. Sinon il y a eu une campagne de vaccination contre la polio. C’est souvent que je croise une personne avec béquilles ou qui marche à quatre pattes ou circule avec un vélo avec pédales manuelles à cause de cette maladie. Des gens formés circulent dans les rues avec un tablier et une boîte où sont les tubes de vaccins. Deux gouttes sur la langue des passants, une marque sur l’ongle et c’est vacciné ! 

Il faut aussi que je vous avoue quelque chose de terrible : je suis devenue tueuse en série…de moustiques ! Leur menace est dérangeante, leur piqûre atroce et en plus ça défoule !

Trêve de plaisanteries, passons à un sujet sérieux : la coiffure des dames. C’est un numéro ! Les filles sont tressées à l’africaine pour aller à l’école, ça leur fait des palmiers sur la tête ou derrière la tête…beaucoup de fantaisie quelquefois dans les courbes des tresses ! Les femmes, c’est plus compliqué. En général, une femme change de coiffure et de tête tous les mois. Quand on arrive en Afrique, c’est le jeu du qui est-ce ? : une maman te dit bonjour genre elle te connaît très bien, mais toi tu ne la reconnais pas parce que la dernière fois elle avait les cheveux courts et lisses et là, elle les a longs, multicolores et tressés… Ici, les femmes se mettent des mèches blondes, bleues ou rouges dans leurs tresses ou leurs perruques. Le plus souvent, les cheveux lisses ce sont des « plantes » mais elles ne poussent pas ! Ce sont des franges qu’elles se cousent sur leurs vrais cheveux. Sans coiffure, avec les cheveux crépus, tu peux faire Dragon Ball Z sans difficulté ! Pas besoin de gel, ça tient en l’air tout seul ! Les hommes aussi se tressent les cheveux quelquefois, mais la majorité se rase la tête à la gilette, quitte à faire des dessins pour le fun. J’ai prévu d’essayer les mèches, mais à l’idée de la douleur du tressage je ne me presse pas…

Au mois de mai dans la Communauté, il y a eu le départ de Jean-Louis, un géologue retraité venu en renfort au centre de formation professionnelle au niveau pédagogique. Il était venu deux mois. Et surtout, il y a eu le départ d’Aude, une compatriote ici depuis presque deux ans au service de l’enseignement qui a regagné sa famille. C’est fini nos discussions frenchies autour d’un « sucré » (=soda) ! Rassurez-vous, je me porte bien et apprécie de plus en plus ce quotidien même s’il n’est pas facile à endurer tous les jours !

 

Le départ d'Aude avec Ndako Ya Biso

 

En parlant du quotidien, vous pensez bien qu’avec la saison sèche, le problème de l’eau ne s’arrange pas vraiment. C’est une préoccupation quotidienne en plus, mais on fait avec. Sinon, je m’amuse à relever quelques-unes des expressions franco-kinoises, comme celle-ci que vous connaissez tous : « Il ne faut pas se confier aux apparences. » !! Il y a aussi les choses importantes qui « retiennent mon intention ». Ce que je peux rire des fois ! D’ailleurs, les frères ne se gênent pas pour me pousser à éclater de rire, pour le plaisir…

 

 

COTE DETENTE

 

Je ne rappelle plus la traditionnelle sortie à la rivière avec les enfants de la rue.

Nous leur avons demandé ce qu’ils aimaient et ce qui était difficile dans la rue. Ils aiment surtout gagner de l’argent, quel que soit le moyen, et se droguer, fumer, boire… Pour les difficultés, c’est évidemment le manque de protection et la violence, notamment celle des grands de la rue. Tout ça ne les empêche pas de rire et de jouer à la corde à sauter ensuite. Quelles ressources ! 

Ce coin de rivière, j’y suis retournée un dimanche avec les jeunes de la Mission Jeunes 18-35 ans. C’est fréquenté le week-end ! J’espérais profiter du calme ambiant, quand un groupe est arrivé avec deux énormes enceintes et a déclenché une musique hard core… Heureusement, il n’y avait pas que de la musique désagréable mais aussi de quoi danser un petit madison ! Sinon, on a pris des photos, joué dans l’eau avec la chambre à air d’un ballon tout neuf… Oui, parce-que c’était un ballon « made in china », et comme tout ce qui est chinois ici est à usage unique, au bout de 10 minutes de foot, le ballon a commencé à se déglinguer. Merci ! ;) Plusieurs aussi m’ont demandé de leur apprendre à nager parce qu’ici les piscines sont rares, tout comme les baignades. Mais moi et la natation, ça fait plutôt deux alors on ne peut pas dire que j’ai été un excellent professeur ! S’ils m’avaient demandé comment plonger, c’eut été autre chose. ;)

J’ai passé aussi une excellente soirée d’au-revoir aux frères qui quittent le pays cet été chez une maman qui prie avec nous le mardi soir. On s’est retrouvé avec plusieurs frères et sœurs à danser des madisons avec les Congolais, puis à essayer de leur apprendre le rock avant de danser un peu de rumba pour qu’ils s’amusent aussi. Et avant que la coupure d’électricité ne stoppe notre délire ! Une belle prière pour terminer. 

Ce mois-ci, j’ai aussi fait un peu de tourisme-vacances, j’en avais besoin ! On a commencé entre mundélés à aller au bord du fleuve. Tout est de sable dans la région, sauf le lit du fleuve en pierres noires qui se transforme en carrière. On a été au bord de l’eau en escaladant ces énormes pierres. Dans ce coin, les courants sont très forts et changeants, la traversée pour Congo Brazzaville juste en face est impossible à la nage ! Mais l’eau était tellement bonne que je n’ai pas résisté à l’envie de me baigner. Je suis restée coincée entre deux rochers pour ne pas me faire emporter. Ca détend !

Après cela je suis partie cinq jours pour Kikwit, à 524 km de Kinshasa. Ca paraît proche comme ça mais il faut 10h de voyage pour arriver ! Ca fait donc deux jours pour voyager aller-retour. Nous étions six de la Communauté pour co-animer des temps avec la Communauté de Kikwit, avec les adultes et les jeunes. Ainsi j’ai pu mieux connaître ces frères et sœurs, savourer le calme d’un couvent et de la campagne, me reposer, découvrir le vin de palme (perso, je ne suis pas fan !) et le miel sauvage…mmm! A Kikwit, ça circule pas mal en vélo et aussi en pirogue puisque le Kwilu traverse la ville et lui donne un charme fou au coucher de soleil avec la terre rougeoyante et les palmiers ! Les paysages sur la route sinueuse sont faits de vallées et monts de brousse ou de forêt de palmiers, parcourus de villages où les maisons sont en bois, torchis et toit de feuilles. Voici un maigre aperçu des beautés croisées :



Bref, les bonnes choses ont une fin et je m’arrête là pour cette fois. Merci pour vos petits mots et n’hésitez pas à me donner des nouvelles, même par texto afin que je me trouve moins loin. Merci aussi pour vos prières, je vois comme Dieu veille sur moi au quotidien et ce que je vis là, je vous le dois aussi ! Comptez toujours sur mes prières et pensées affectueuses. Que l’Esprit d’amour vous éclaire à chaque pas !

Affectueusement,

Marthe

déposé le 30 juin 2011


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