2011 04 Marthe à Kinshasa
JET'News n°4 de Marthe à Kinshasa en République Démocratique du Congo
« Si tu connaissais le don de Dieu et si tu savais qui te demande à boire, c’est toi qui lui aurais demandé cette eau qui fait vivre, et il te l’aurait donnée. »
Evangile de Jean 4,10
Voici le tome 3 de mon aventure congolaise qui vous réserve une petite surprise ! A part cela il faut dire que j’en découvre autant sur les Congolais que sur moi-même…
COTE BOULOT
Les enfants du centre Ndako ya biso sont de plus en plus câlins et en même temps, ils aiment me provoquer en bagarre! J’ai beau leur expliquer que ce n’est pas mon truc…Sinon, ils aiment beaucoup jouer avec moi à : « je te tiens, tu me tiens par la barbichette… ». Cet aspect enfantin est bien loin de leur vie dans la rue qui leur fait faire des expériences prématurées, notamment la consommation de drogue dès 8 ans. Le plus difficile dans notre travail éducatif concerne les adolescents des rues qui sont fiers d’être shégués (enfants de la rue), refusent de retourner dans leurs familles qui les attend et respectent de moins en moins les règles du centre.
Au mois de mars, j’ai effectué un mini-stage dans un centre ouvert en permanence qui accueille les filles de la rue. Cette expérience m’a permis d’entrer en relation avec ces filles et ainsi mieux percevoir leur situation délicate et intolérable. Chaque nuit, elles subissent des violences sexuelles, et cela se répercute sur leur rapport à l’autre et sur l’estime d’elles-mêmes complètement anéantie. Les échanges avec les éducatrices m’aide aussi à voir comment monter un centre semblable au niveau de la Communauté du Chemin Neuf.
Un temps fort que j’ai vécu dernièrement fût la journée de la femme avec une petite vingtaine de filles de la rue et des bébés.

Nous sommes sorties au bord d’une rivière, dans un lieu équivalent à la plage à Kinshasa, avec musique à fond ! Le défilé des boubous et maillots de bains vaut le coup d’œil! Hélas, je n’ai pas pris de photo très démonstrative par politesse.

Voici un petit aperçu de cette journée où deux mamans ont sensibilisé les filles sur leur place dans la société, leur dignité. Sans oublier le bain pour se « laver » et éclabousser les filles qui ne sont pas habituées à la baignade, avant le repas digéré en dansant!


Et au milieu de tout cela, beaucoup de palabres avec ces femmes qui souffrent…
COTE QUOTIDIEN
La journée de la femme est donc une grande fête dans cette région du monde et pour l’occasion, toutes les femmes portent le pagne, de 3 à 93 ans ! Les écoles organisent des causeries, des défilés de mode et les hommes préparent un bon repas arrosé de sodas ou de bières locales (il paraît qu’on trouve la primus en France), le tout sur fond musical évidemment ! Dans les rues, c’est encore plus coloré que d’habitude, et l’effervescence dure tout le mois de mars qui devient « mois de la femme ». Pour l’occasion, des fêtes universitaires s’organisent avec les mêmes ingrédients. J’ai été invitée à une de ces fêtes. La cour est remplie de tables plastiques et chaises genre cabaret, la musique est si forte que l’on peine à s’entendre. Ecran géant, scène avec comédiens, défilé de mode, musiciens… Une ambiance particulière mais le moment est agréable lorsque l’on est bien accompagné !
Dans les rues il n’est pas rare de croiser, entre les poules à terre et leurs poussins, un vendeur d’œufs qui en tient une pile de 60cm sur la tête, ou une maman avec une bassine pleine de poules en vie ou du poulet congelé sur du carton… Les bouteilles d’eau, cartables, tables et autres choses se portent évidemment sur la tête. Pour vous faire une idée de l’ambiance sonore du rond point Ngaba où je vis, voici un petit jeu qui demande un peu d’imagination. Vous devez relier le bruit à son origine. Bonne chance !
Cling clong • •vendeur de bibles
cli-cling trrrrlt • •vendeur de saucisses, viandes…
smack • •vendeur d’eau
maï • •boîtes de conserve accrochées au fil électrique
claps de bois • •vendeur d’huile de palme
frsss frsss • •le gars qui fait manucure et pédicure
bip bip • •le cireur de chaussures
cliquetis de verre • •les tongs sur le sable
tsit • •l’agacement
Les Congolais ont aussi une façon de dire oui avec un haussement des sourcils et des yeux qui vaut le détour. Sans parler des expressions franco-kinoises, comme un jeune parti à Matadi (le grand port de RDC) « chercher sa vie » !
Ce qui est frappant encore, ce sont les écarts d’habitats d’une rue à l’autre. Les maisons vont de la cabane en tôles de 2m² à l’immense villa à étages avec grand jardin. De façon générale, les plus beaux bâtiments appartiennent aux hauts fonctionnaires ou ce sont les églises. Tout près d’ici, ils en construisent une sur 3 étages et tellement grande qu’on la voit à l’autre bout de la vallée ! Il faut dire que ça rapporte d’être « pasteur » ici.
Sinon, avec la Communauté, nous avons vécu un week-end retiré de la ville pour parler du fléau de la sorcellerie et prier. Ce fut un temps très fraternel avec les 50 frères et sœurs de Kin. J’ai aussi rencontré un perroquet congolais qui répète vraiment bien ce qu’on dit, c’est impressionnant et hilarant !
COTE DETENTE
Les sorties à la rivière avec les enfants de la rue se poursuivent (une chaque mois). Le mois dernier, ils ont rameuté tous leurs copains, ils étaient 40 ! On a joué dans l’eau à n’en plus finir, et comme d’habitude, j’ai fini avec le visage un peu rougi par le soleil…
J’ai eu la chance d’aller à une soirée de mariage religieux. Ici, le mariage se déroule en 3-4 parties : la pré-dote, le mariage coutumier, le mariage civil et le mariage religieux. Autant de fêtes plus ou mois pantagruesques selon les moyens et la taille de la famille. La soirée où j’ai été avec des frères de la Communauté se déroulait dans le réfectoire d’une école avec une décoration très sobre et limitée. Les invités n’arrivent que vers 22h et les mariés entrent ensuite dans la salle en dansant et en procession, avec confettis, cris etc…Ils s’asseyent à une table entourés de leurs parrains (un couple qui fait office de témoins) face à toutes les tables : un peu isolés en somme. Avant le repas, il y a la procession de la famille, puis des amis, puis des connaissances qui viennent, toujours en dansant et en chantant, féliciter et embrasser les mariés en leur remettant les cadeaux. Ces-derniers sont rarement emballés, et cela va du pagne au congélateur, en passant par toute la vaisselle plastique. Cela forme deux montagnes de cadeaux colorés que les mariés vont s’amuser à trimbaler ensuite ! ;)
Mi-mars, nous avions un pèlerinage à la montagne de Magengenge avec 120 jeunes de la Mission Jeunes.

Comme c’est agréable de marcher dans la nature ! Surtout qu’ici, elle est verdoyante de palmiers et autres plantes inconnues. Sortir de la ville pour un lieu calme, pour louer et être entre jeunes fut donc un bon bol d’air.

Le sommet avec la messe
Voilà un peu pour les nouvelles tropicales. Je vous remercie de toutes vos attentions et vous garde dans mes prières et pensées affectueuses ! Et comme une grande fête approche, je vous souhaite déjà une joyeuse fête de Pâques remplie de l’Esprit de tendresse du Père!!
Fraternellement,
Marthe

L'Esprit souffle où il veut ...
déposé le 12 avril 2011